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Electronic Arts : Bruxelles autorise le rachat à 55 milliards de dollars mené par le PIF
Bruxelles a autorisé le 23 juillet le rachat d'Electronic Arts par un consortium mené par le fonds souverain saoudien PIF, pour 55 milliards de dollars. Le plus gros LBO jamais annoncé reste suspendu à deux autorisations non obtenues.
Qui achète quoi, et à quel prix
Le 23 juillet 2026, la Commission européenne a autorisé la prise de contrôle exclusif d'Electronic Arts par le Public Investment Fund (PIF), le fonds souverain saoudien, au titre du règlement européen sur les concentrations. Elle a conclu que l'opération ne soulevait pas de problème de concurrence, son impact sur les marchés concernés étant limité (Reuters).
L'opération avait été annoncée le 29 septembre 2025. Le consortium — PIF, Silver Lake (société de private equity américaine spécialisée dans la tech) et Affinity Partners (société de gestion fondée par Jared Kushner) — acquiert 100 % de l'éditeur américain de jeux vidéo, connu pour EA Sports FC, Les Sims ou Battlefield, sur la base d'une valeur d'entreprise d'environ 55 milliards de dollars. Les actionnaires reçoivent 210 dollars par action en numéraire, soit une prime de 25 % sur le dernier cours non affecté par les rumeurs de rachat, 168,32 dollars au 25 septembre 2025 (communiqué Electronic Arts). Ils ont approuvé l'opération le 22 décembre 2025.
Un take-private financé aux deux tiers en fonds propres
Il s'agit d'un take-private : le rachat de la totalité des actions d'une société cotée par des investisseurs privés, qui la retirent ensuite de la cote — ici le Nasdaq.
Le financement combine environ 36 milliards de dollars de fonds propres — le PIF y apporte sa participation existante de 9,9 % au capital d'EA plutôt que de la céder — et 20 milliards de dollars de dette, engagée en totalité par la seule JPMorgan Chase Bank, dont 18 milliards doivent être tirés à la clôture (communiqué Electronic Arts). L'opération n'est assortie d'aucune condition de financement : l'acquéreur ne peut pas se rétracter au motif que le prêteur se retirerait (rapport annuel Electronic Arts). Selon une information du Wall Street Journal fondée sur un dépôt auprès de l'autorité de concurrence brésilienne, le PIF détiendrait 93,4 % du capital après l'opération, contre 5,5 % pour Silver Lake et 1,1 % pour Affinity Partners (Los Angeles Times).

Le multiple de valorisation (EV/EBITDA) n'a pas été communiqué. Le rapport entre dette et fonds propres, lui, est atypique pour une opération présentée comme le plus gros LBO de l'histoire : la dette représente environ un tiers du financement, là où un LBO s'appuie traditionnellement sur une part de dette majoritaire. Le record porte sur la taille, pas sur l'effet de levier.
Deux autorisations manquent encore
L'accord antitrust ne clôt pas le dossier. La Commission examine séparément l'opération au titre du règlement sur les subventions étrangères (FSR), applicable depuis 2023, qui vise les soutiens financiers accordés par des États non membres de l'Union et susceptibles de fausser la concurrence sur le marché intérieur. Un fonds souverain adossé à un État entre par construction dans le champ de ce texte. La décision est attendue au plus tard le 30 juillet 2026 (Reuters).
Reste ensuite le CFIUS, le comité interministériel américain qui examine les investissements étrangers sous l'angle de la sécurité nationale. Les parties visaient une clôture au premier trimestre de l'exercice 2027 d'EA, soit d'ici au 30 juin 2026 (rapport trimestriel Electronic Arts) : l'échéance est passée sans que l'opération soit réalisée. Le contrat prévoit une indemnité de rupture pouvant atteindre un milliard de dollars.
Ce que le dossier révèle
Par sa taille, l'opération dépasse le rachat de TXU Energy (45 milliards de dollars en 2007), record des LBO depuis l'avant-crise financière. Le PIF présente pour sa part le jeu vidéo et l'e-sport comme l'un de ses secteurs prioritaires, au titre de la diversification de l'économie saoudienne.
Pour un investisseur non professionnel, le dossier rappelle qu'une opération signée, financée et approuvée par les actionnaires n'est pas une opération réalisée. Les autorisations réglementaires ne forment pas un guichet unique : concurrence, subventions étrangères et sécurité nationale relèvent d'autorités distinctes, avec des calendriers propres.
À retenir
- Le feu vert antitrust européen du 23 juillet ne rend pas l'opération définitive : l'examen européen sur les subventions étrangères (décision attendue le 30 juillet) et la revue américaine CFIUS restent ouverts.
- 55 milliards de dollars de valeur d'entreprise et 210 dollars par action : le plus gros retrait de cote jamais annoncé, financé à environ deux tiers en fonds propres.
- La clôture visée d'ici fin juin 2026 n'a pas eu lieu ; le contrat prévoit une indemnité de rupture pouvant atteindre un milliard de dollars.
Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.