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Le jargon PE démystifié.
198 termes essentiels du capital-investissement.
198 terme(s)
150-0 B ter (apport-cession)
Le 150-0 B ter est un dispositif fiscal français permettant à une personne physique de reporter l'imposition de la plus-value réalisée lorsqu'elle apporte des titres à une holding soumise à l'IS qu'elle contrôle, avant de les céder (apport-cession). L'impôt n'est pas effacé mais gelé. Si la holding cède les titres dans les trois ans de l'apport, le report n'est maintenu que si elle réinvestit au moins 70 % du produit de cession dans une activité économique éligible — dont certains fonds de capital-investissement — sous trois ans, et conserve ces actifs au moins cinq ans. Passé le délai de trois ans, aucune obligation de remploi ne s'applique. C'est un levier majeur de réorientation de l'épargne des entrepreneurs vers le non-coté.
Un fondateur cède son entreprise pour 10 M€, dégageant une forte plus-value. En cédant directement, il réglerait immédiatement l'impôt (flat tax à 31,4 % depuis 2026, soit potentiellement 3,14 M€). En apportant d'abord ses titres à une holding qu'il contrôle, puis en cédant via cette holding dans les trois ans, il place la plus-value en report. À condition de réinvestir au moins 70 % du produit — soit 7 M€ — dans des activités éligibles sous trois ans, et de conserver ces actifs cinq ans, le report est maintenu. Une partie de ce remploi peut se faire en souscrivant des parts de FPCI ou de fonds de PE éligibles : le dispositif oriente ainsi des montants considérables de cessions d'entreprises vers le financement du non-coté, tout en différant la charge fiscale du cédant.
163 quinquies B (régime fiscal FCPR)
L'article 163 quinquies B du CGI fixe le régime fiscal de faveur des FCPR dits fiscaux souscrits par des particuliers. Sous conditions, les produits et plus-values distribués par le fonds sont exonérés d'impôt sur le revenu (les prélèvements sociaux restant dus). Conditions principales : conserver les parts au moins cinq ans, réinvestir les distributions pendant cette période, et respecter le quota d'investissement du fonds en sociétés non cotées éligibles. C'est ce régime qui rend le FCPR fiscal attractif pour l'épargnant, en contrepartie du blocage des capitaux.
Un particulier souscrit 50 000 € de parts d'un FCPR fiscal éligible au 163 quinquies B, s'engageant à conserver ses parts cinq ans et à réinvestir les distributions perçues sur la période. Huit ans plus tard, le fonds a doublé la mise et lui reverse 100 000 € : la plus-value de 50 000 € échappe à l'impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s'appliquent, soit environ 9 300 € au lieu d'une flat tax pleine à 31,4 % qui aurait coûté 15 700 €. L'économie — 6 400 €, soit exactement la part d'impôt sur le revenu (12,8 %) — récompense l'immobilisation longue du capital et le risque pris sur le non-coté. Le respect strict des conditions de conservation et de remploi conditionne l'intégralité de l'avantage.
Actif de niveau 3 (Level 3)
Les normes comptables (IFRS 13 en Europe, ASC 820 aux États-Unis) classent les actifs évalués à la juste valeur en trois niveaux selon les données utilisées. Niveau 1 : un prix coté sur un marché actif, comme celui d'une action. Niveau 2 : des données de marché observables, comme le prix d'actifs similaires. Niveau 3 : des hypothèses internes non observables — multiples retenus, taux d'actualisation. La quasi-totalité des participations de private equity et des prêts de dette privée relève du niveau 3, le plus dépendant du jugement du gérant.
Ares Capital, l'une des plus grandes BDC cotées aux États-Unis, détaille dans son rapport annuel 10-K la composition de son portefeuille au 31 décembre 2024 : sur 26,7 Md$ d'investissements évalués à la juste valeur, 26,1 Md$ relèvent du niveau 3, soit près de 98 %. Seuls 33 M$ sont classés en niveau 1 et 587 M$ en niveau 2. Presque toute la valeur affichée repose donc sur des modèles internes, établis par le gérant avec l'appui d'évaluateurs indépendants, mais jamais confrontés à un prix de marché tant que les prêts ne sont pas remboursés ou cédés. C'est la norme du secteur, pas une anomalie : une part de fonds de dette privée ou de private equity est avant tout un panier d'estimations de niveau 3 (source : Ares Capital, formulaire 10-K déposé auprès de la SEC).
Actifs sous gestion (AUM)
Montant total des capitaux confiés à une société de gestion, tous fonds et véhicules confondus. En private equity, il additionne en général la valeur des participations détenues et les engagements des investisseurs pas encore appelés. Les gérants cotés publient aussi une mesure plus étroite, les encours générateurs de commissions (FAUM, pour fee-generating AUM) : la base sur laquelle ils perçoivent réellement des frais de gestion. C'est elle qui pilote leurs revenus récurrents, plus que le total affiché.
Dans son point d'activité du troisième trimestre 2026, publié le 15 octobre, le gérant EQT affiche 354 milliards d'euros d'actifs sous gestion au total, mais 195 milliards d'euros d'encours générateurs de commissions, contre 139 milliards un an plus tôt. L'écart entre les deux chiffres rappelle que tous les capitaux gérés ne rapportent pas de frais au même moment : un fonds en cours de levée qui n'a pas encore été « activé » n'entre pas dans les FAUM. La hausse annoncée par EQT inclut aussi 34 milliards d'euros apportés par l'intégration du gérant Coller Capital : une partie de la croissance des encours vient ici d'une acquisition, pas seulement de nouvelles levées auprès d'investisseurs. Source : communiqué EQT AB, Q3 Announcement 2026.
Actions de préférence (preferred equity)
Actions dotées de droits particuliers par rapport aux actions ordinaires, prévues en droit français par l'article L. 228-11 du Code de commerce : priorité dans le versement des dividendes ou du prix de cession, rendement fixé à l'avance, droits de vote renforcés ou réduits. En private equity, elles servent à protéger un investisseur qui entre à un prix élevé ou tardivement : il est servi avant les autres actionnaires, ce qui limite sa perte si l'entreprise se vend moins bien que prévu.
Un co-investisseur qui entre au capital d'une entreprise déjà détenue depuis plusieurs années par un fonds peut payer un multiple supérieur à celui payé par ce fonds. Pour s'en protéger, il peut, selon PitchBook (19 octobre 2026), entrer en preferred equity : il reçoit un rendement fixé à l'avance, versé avant toute distribution de profits aux autres actionnaires. Dans une start-up, le même outil sert à porter une préférence de liquidation au profit des investisseurs d'un tour de financement.
Add-on
Un add-on est l'acquisition d'une petite entreprise complémentaire par une société déjà détenue par un fonds (la « plateforme »), pour accélérer sa croissance par consolidation plutôt que par croissance organique seule. Pour un particulier, c'est l'une des principales sources de création de valeur en LBO aujourd'hui, au même rang que la croissance opérationnelle.
En pratique, le mécanisme repose souvent sur un arbitrage de multiple : une plateforme valorisée 10 fois l'EBITDA rachète une petite cible à 6 fois l'EBITDA, l'intègre, puis revend l'ensemble consolidé au multiple de la plateforme — la différence de multiple sur l'EBITDA absorbé crée mécaniquement de la valeur, indépendamment de toute synergie opérationnelle réelle (mécanique de « multiple arbitrage » documentée dans la littérature de structuration LBO buy-and-build).
Adossement actif-passif
Principe qui consiste, pour un assureur ou un fonds de pension, à choisir ses placements en fonction de la durée et du profil de ses engagements. Une compagnie qui doit verser des rentes pendant trente ans cherche des actifs produisant des revenus sur une durée comparable, plutôt que des placements destinés à être revendus vite. C'est ce qui oriente ces investisseurs vers les infrastructures, l'immobilier locatif ou la dette longue, dont les flux sont réguliers et prévisibles.
En septembre 2025, TotalEnergies a vendu 50 % d'un portefeuille solaire de 1,4 GW en Amérique du Nord pour une valeur d'entreprise de 1,25 milliard de dollars. L'acheteur n'était pas un fonds d'infrastructure classique, mais des véhicules et comptes d'assurance gérés par KKR, qui loge ses activités d'assurance sous sa filiale Global Atlantic. La logique tient à la nature des actifs : des centrales déjà construites, dont la production est vendue par contrat, génèrent des revenus réguliers sur longue période, compatibles avec les rentes et les contrats d'épargne que l'assureur devra servir pendant des décennies. Un fonds fermé, tenu de revendre à échéance pour rendre le capital à ses souscripteurs, n'a pas cette liberté de détention. (Source : communiqué TotalEnergies du 29 septembre 2025.)
All-partner giveback
À ne pas confondre avec le clawback, qui vise uniquement le GP et le carried interest : l'all-partner giveback oblige l'ensemble des associés du fonds — LP compris — à restituer une partie des sommes déjà distribuées si le fonds en a besoin pour honorer une obligation d'indemnisation ou un autre engagement contractuel. Cette clause protège le GP et ses affiliés contre le risque de devoir indemniser un tiers sans disposer de liquidités suffisantes, parfois plusieurs années après la clôture d'un investissement.
La clause plafonne généralement le montant récupérable à 15-30 % des engagements de chaque LP, ou au montant réellement distribué si celui-ci est inférieur, et limite la restitution à une fenêtre de 2 à 4 ans après la distribution concernée — parfois calculée depuis la dissolution du fonds plutôt que depuis chaque versement. Pour un LP, c'est un rappel que les distributions perçues en cours de vie d'un fonds ne sont jamais totalement définitives tant que le véhicule n'est pas liquidé (voir l'entrée Clawback).
AMF (Autorité des marchés financiers)
L'AMF est le régulateur français des marchés financiers. Elle délivre l'agrément aux sociétés de gestion, supervise leur activité et encadre la commercialisation des fonds auprès du public. Selon le véhicule, le fonds lui-même est soit agréé avant commercialisation (FCPR grand public), soit simplement déclaré (FPCI réservé aux investisseurs avertis). Son rôle porte sur le cadre et la conformité, jamais sur la performance.
L'agrément AMF est un prérequis, pas un label de rendement ni une garantie de capital. Le lire comme une caution de performance est une erreur fréquente : il atteste que la société de gestion dispose des moyens, des procédures et des dirigeants requis pour exercer, rien de plus.
Arbitrage de multiples
L'arbitrage de multiples consiste à racheter de petites entreprises à un multiple de résultat bas, puis à les regrouper dans une société plus grande que le marché valorise à un multiple plus élevé. Le gain vient de l'écart de prix entre tailles d'entreprise, pas de l'amélioration de l'activité. C'est le moteur arithmétique du build-up. À distinguer de l'expansion de multiple, qui désigne une hausse du multiple d'une même entreprise entre l'achat et la revente, quelle qu'en soit la cause.
Dans l'étude France Invest / EY sur les PME et ETI françaises cédées par des fonds entre 2019 et 2024, les entreprises valant moins de 50 millions d'euros à la sortie se sont revendues en moyenne 7,3 fois leur EBE, celles au-delà de 500 millions 14,3 fois (11e édition, décembre 2025). C'est cet écart que l'arbitrage exploite. Il ne suffit pas toujours : sur 44 opérations de buy-and-build menées entre 2010 et 2019, Bain a mesuré un multiple moyen de 1,4 fois le capital investi pour celles qui reposaient sur le seul arbitrage de multiples, contre 2,2 fois pour celles appuyées sur une croissance organique accélérée ou une nette amélioration des marges (Global Private Equity Report 2024).
ARR (Annual Recurring Revenue)
L'ARR est le chiffre d'affaires récurrent annualisé généré par les abonnements ou contrats récurrents d'une entreprise — métrique centrale pour valoriser les sociétés SaaS et tech en VC et growth equity, où le résultat net est souvent négatif ou peu pertinent à ce stade de développement. Pour un particulier, c'est l'indicateur qui remplace l'EBITDA ou le résultat net dans la presse sur les levées tech : une startup "valorisée à 10x l'ARR" l'est en multiple de ce chiffre d'affaires récurrent, pas de son profit.
À titre d'exemple, une startup SaaS facturant 1 000 clients à 1 000 € par mois affiche un ARR de 12 M€ (1 000 × 1 000 × 12), indépendamment du fait qu'elle soit rentable ou non. Les multiples de valorisation appliqués à l'ARR varient fortement selon la croissance et la rétention : une startup en forte croissance avec un taux de rétention élevé peut se voir valoriser 10 à 15x son ARR, contre 3 à 5x pour une croissance plus modeste — un écart qui explique une large part des divergences de valorisation observées sur des sociétés à chiffre d'affaires comparable.
Assurance-vie en unités de compte
Contrat d'assurance-vie où l'épargne est investie dans des supports dont la valeur fluctue selon les marchés — actions, obligations, immobilier, fonds de private equity — par opposition au fonds euros dont le capital est garanti. C'est le véhicule le plus répandu pour un particulier français souhaitant accéder au non coté sans passer par la souscription directe d'un FPCI ou d'un FCPR, réservée aux tickets élevés. L'assureur agit comme intermédiaire entre l'épargnant et les fonds sous-jacents, avec une couche de frais additionnelle.
Depuis le 24 octobre 2024, les nouveaux contrats en gestion pilotée doivent respecter un plancher d'actifs non cotés : au moins 4 % pour un profil équilibré, 8 % pour un profil dynamique (loi Industrie Verte). Un épargnant qui verse 50 000 € sur un contrat profil dynamique se retrouve donc automatiquement exposé à au moins 4 000 € de private equity, dette privée ou infrastructure non cotée — sans l'avoir explicitement demandé, et souvent sans connaître la liste des fonds retenus par l'assureur.
Avocat d'affaires
L'avocat d'affaires intervient à deux niveaux. À la création du véhicule, il rédige le règlement (ou les statuts), négocie les side letters avec les grands souscripteurs et sécurise la conformité juridique et fiscale de la structure. Au moment d'une opération, il mène la due diligence juridique de la cible, rédige et négocie le contrat de cession, le pacte d'actionnaires et la garantie d'actif et de passif. C'est le métier de la documentation contractuelle, à l'échelle du fonds comme de chaque deal.
Rien ne se signe sans lui, mais il ne choisit pas l'opération : il traduit en droit une décision prise par la société de gestion. La qualité de la garantie d'actif et de passif qu'il négocie détermine, par exemple, qui supporte le coût d'un passif caché révélé après l'acquisition.
Banque d'affaires (conseil M&A)
La banque d'affaires, ou conseil M&A, identifie, structure et exécute les opérations d'achat ou de cession. Elle peut travailler côté acheteur (buy-side) ou vendeur (sell-side), et prend en charge la valorisation de la cible, l'organisation du processus et la négociation. Elle est rémunérée principalement au succès, par une commission sur la transaction. Elle n'exerce aucun contrôle sur le fonds : c'est un prestataire d'exécution.
Sur un processus de cession compétitif, la banque d'affaires sell-side organise une forme d'enchères entre acquéreurs pour maximiser le prix. Son intervention influe donc sur le prix d'entrée et de sortie des participations, et indirectement sur la performance finale du fonds.
Blind pool
Un blind pool est un fonds dans lequel les investisseurs s'engagent sans connaître à l'avance les sociétés qui composeront le portefeuille. Le modèle fermé du private equity fonctionne ainsi : les LP souscrivent sur la base de la stratégie annoncée, du track record de l'équipe et de la thèse d'investissement, puis le gérant déploie le capital au fil des opportunités. L'investisseur accorde sa confiance à un savoir-faire, pas à une liste d'actifs identifiés — ce qui le distingue d'un investissement direct où l'on choisit chaque ligne.
Quand un fonds annonce un closing final à 400 M€, les institutionnels qui ont signé leur engagement n'ont, le plus souvent, aucune participation à examiner : le capital n'est pas encore appelé et aucune cible n'est acquise. Ils ont validé une équipe, un secteur (par exemple le growth tech européen), une taille de tickets et un track record sur les fonds précédents. Le gérant dispose ensuite de sa période d'investissement — typiquement cinq ans — pour transformer cet engagement à l'aveugle en une quinzaine de lignes concrètes. Cette confiance en amont explique le poids déterminant du track record : c'est quasiment le seul élément tangible dont dispose un LP au moment de s'engager.
Brownfield / Greenfield
En infrastructure, un actif brownfield est déjà construit et en exploitation (autoroute, réseau d'eau, parc éolien raccordé), tandis qu'un actif greenfield doit encore être construit ou développé. Pour un particulier, cette distinction est la clé du profil de risque d'un investissement infrastructure : ce n'est pas une catégorie homogène, le couple rendement/risque varie radicalement selon que l'actif existe déjà ou reste à bâtir.
Dans les faits, un actif brownfield (autoroute déjà en service, historique de trafic connu) génère des flux prévisibles dès l'acquisition, avec un risque principalement régulatoire et d'endettement — proche d'un profil obligataire. Un actif greenfield (construction d'un parc solaire) expose en plus au risque de construction (délais, dépassement de budget) et à une période sans aucun revenu tant que l'actif n'est pas mis en service — en échange d'un rendement attendu généralement supérieur pour compenser ces risques additionnels.
BSA (Bon de Souscription d'Actions)
Le BSA est un titre donnant à son détenteur le droit — non l'obligation — de souscrire des actions nouvelles à un prix et dans un délai fixés d'avance. C'est un instrument d'attente : on le détient d'abord, on l'exerce plus tard si la valorisation dépasse le prix convenu. Il sert à rémunérer un investisseur pour un risque pris, à intéresser un dirigeant, ou à ajuster la répartition du capital lors d'un tour. Sa version amorçage, le BSA-AIR, permet à une startup de lever vite en reportant la fixation de la valorisation.
Le BSA-AIR (Accord d'Investissement Rapide) illustre bien l'usage du BSA en amorçage. Une startup a besoin de 300 000 € rapidement mais veut éviter de négocier une valorisation trop tôt. Plutôt que d'émettre des actions, elle vend des BSA-AIR : l'investisseur verse ses 300 000 € immédiatement et obtient le droit de souscrire des actions au prochain tour, avec une décote et un plafond de valorisation en récompense de son entrée précoce. Conçu en France comme alternative locale au SAFE américain, cet instrument s'est imposé dans l'écosystème startup parce qu'il réduit les frais juridiques et raccourcit le délai de closing d'un amorçage à quelques semaines.
BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise)
Le BSPCE donne à un salarié de startup le droit d'acheter des actions de sa société à un prix fixé aujourd'hui, exerçable plus tard une fois les droits acquis (vesting). Si l'entreprise prend de la valeur, l'écart entre ce prix gelé et la valeur réelle constitue son gain. Réservé aux sociétés non cotées de moins de quinze ans, il ouvre droit à un régime fiscal avantageux. C'est l'outil d'actionnariat salarié standard de la tech française, distinct des stock-options et des actions gratuites (AGA).
Un ingénieur rejoint une startup valorisée 8 M€ et reçoit des BSPCE lui permettant d'acquérir 0,5 % du capital à ce prix d'entrée. Quatre ans plus tard, la société est rachetée 200 M€. Ses bons, exerçables à la valeur d'origine, lui permettent d'acheter pour environ 40 000 € des actions qui en valent 1 M€ : une plus-value latente proche de 960 000 €. C'est ce mécanisme qui a transformé des premiers salariés de licornes françaises comme Doctolib ou BlaBlaCar en actionnaires significatifs lors de leurs levées et cessions successives, le BSPCE alignant leur enrichissement sur la réussite collective.
Build-up
Le build-up est une stratégie où un fonds acquiert d'abord une entreprise « plateforme » dans un secteur fragmenté, puis multiplie les acquisitions complémentaires (add-on) autour d'elle pour construire un groupe plus grand. C'est la stratégie globale ; chaque acquisition individuelle qui la compose est un add-on — les deux termes sont liés mais désignent des échelles différentes : le build-up est le plan, l'add-on est chaque brique.
Une stratégie de build-up type repose sur au moins quatre acquisitions complémentaires successives autour d'une même plateforme. Historiquement, cette approche fonctionnait aussi grâce à l'arbitrage de multiple (racheter des petites sociétés moins chères pour les intégrer dans un ensemble revendu plus cher) — un moteur de performance rendu plus difficile depuis la hausse des taux d'intérêt, ce qui pousse désormais les fonds à s'appuyer davantage sur la croissance organique réelle du groupe consolidé.
Business development company (BDC)
Une BDC (business development company) est un véhicule américain créé par le Congrès en 1980, par amendement de l'Investment Company Act de 1940, pour financer les PME et ETI non cotées. Elle doit investir au moins 70 % de ses actifs dans des entreprises américaines éligibles, aujourd'hui surtout sous forme de prêts de dette privée. Une BDC peut être cotée en bourse, non cotée mais ouverte aux particuliers (non-traded), ou réservée à des investisseurs qualifiés. C'est la principale porte d'entrée des épargnants américains vers le direct lending.
Une BDC non cotée promet une liquidité partielle : chaque trimestre, elle rachète des parts à leur valeur liquidative, dans une limite habituelle de 5 % des parts en circulation. Au premier trimestre 2026, cette mécanique a été mise à l'épreuve. Selon une analyse de With Intelligence portant sur les 12 plus grandes BDC non cotées, soit plus de 80 % des actifs du segment, les demandes de rachat ont atteint en moyenne 12,1 %, pour environ 15 Md$ au total. Seules 53,4 % de ces demandes ont été servies ; sept fonds ont appliqué le plafond de 5 % et réparti les sorties au prorata. La fenêtre de sortie d'une BDC non cotée est un plafond, pas une garantie, et elle se resserre précisément quand tout le monde veut sortir en même temps.