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Pré-seed, seed, séries A, B, C : comment une entreprise se finance par étapes

Publié le 27 juin 2026Mis à jour le 28 juin 2026Source : Nexco · Eldorado · Crunchbase

Une jeune entreprise ne lève pas l'argent dont elle a besoin en une seule fois, mais par vagues successives, à mesure qu'elle grandit. Voici ce que veulent dire « seed », « série A » ou « série C ».


Pourquoi une entreprise lève de l'argent plusieurs fois

Lever des fonds en une seule fois, au démarrage, serait à la fois trop risqué pour les investisseurs et trop coûteux pour les fondateurs. Trop risqué, car personne ne sait encore si l'idée fonctionnera. Trop coûteux, car à ce stade l'entreprise vaut peu : céder beaucoup d'actions rapporterait peu d'argent. La solution adoptée partout dans le monde de la jeune entreprise est de financer la croissance par paliers — un tour de financement à chaque nouveau cap franchi, à des conditions de mieux en mieux valorisées.

Lever des fonds, c'est quoi exactement

Lever des fonds, c'est obtenir de l'argent d'investisseurs en échange d'une part du capital de l'entreprise — c'est-à-dire d'actions. L'investisseur devient copropriétaire et parie sur la valeur future de la société ; le fondateur, lui, échange un morceau de son entreprise contre les moyens de la faire grandir.

Une fusée à plusieurs étages

Le financement par tours ressemble à une fusée à étages. Chaque étage a un rôle précis : il propulse la fusée jusqu'à une certaine altitude, puis cède la place au suivant, plus puissant. Le pré-seed allume le moteur, le seed décolle, les séries A, B et C poussent toujours plus haut. À chaque étage, la fusée est plus lourde, plus rapide — et l'enjeu financier plus élevé. Aucun étage ne se déclenche tant que le précédent n'a pas rempli sa mission.

Du pré-seed à la série C : les grandes étapes

Le pré-seed (amorçage). Le tout premier argent, souvent avant même que le produit existe. Il vient fréquemment de la love money (proches du fondateur) ou de premiers business angels — des particuliers qui investissent leur propre argent. En France, la majorité des tours de pré-seed restent inférieurs à un million d'euros (source : Nexco, citant des données de marché 2024).

Le seed (premier vrai tour de table). Il intervient quand le produit est prêt à être lancé. L'objectif : recruter, acquérir les premiers clients, prouver que le modèle économique tient. En France, le ticket médian d'un seed s'est établi à 2 millions d'euros sur la période octobre-novembre 2025, un niveau proche de la médiane européenne (source : analyse Crunchbase, extraction novembre 2025).

La série A. L'entreprise a trouvé son marché et génère du chiffre d'affaires ; elle veut accélérer. Les tickets de série A ont atteint en moyenne 5,4 millions d'euros en France en février 2025 (source : baromètre Eldorado). Les investisseurs sont désormais des fonds de capital-risque (venture capital), professionnels qui mènent une analyse approfondie avant d'entrer et prennent souvent un siège au conseil.

La série B. Changement d'échelle : internationalisation, rachats de concurrents, recrutements massifs. Les tickets de série B ont atteint en moyenne 20,9 millions d'euros en France en février 2025 (même source).

La série C et au-delà. Croissance très rapide, parfois préparation d'une entrée en Bourse. En janvier 2025, deux levées de série C en France ont totalisé 172,5 millions d'euros, soit un ticket moyen de 86,25 millions (source : baromètre Eldorado). Au-delà, l'entreprise vise une introduction en Bourse (IPO) ou un rachat.

Ce que chaque tour révèle d'une entreprise

Lire le stade de financement d'une société renseigne immédiatement sur sa maturité. Un tour de seed signale une entreprise qui cherche encore à prouver son modèle. Une série A indique un marché trouvé et un début de traction commerciale. Une série B ou C traduit un changement d'échelle déjà engagé et des montants qui n'intéressent plus les mêmes investisseurs.

Le nom du tour est ainsi un raccourci utile pour situer une entreprise dans son cycle de vie — et pour comprendre pourquoi telle société lève deux millions quand telle autre en lève deux cents.

Points d'attention à connaître

Trois éléments factuels aident à interpréter ces annonces de levées sans excès d'enthousiasme.

Une levée n'est pas un bénéfice. Lever 20 millions ne signifie pas que l'entreprise gagne de l'argent — souvent l'inverse : elle lève précisément parce qu'elle en dépense plus qu'elle n'en gagne pour financer sa croissance. Le montant levé mesure la confiance des investisseurs, pas la rentabilité.

Chaque tour dilue les fondateurs. À chaque émission d'actions nouvelles, la part détenue par les fondateurs et les investisseurs précédents diminue mécaniquement. C'est la dilution : posséder une plus petite part d'un gâteau qu'on espère bien plus grand.

La valorisation est un pari, pas une valeur certaine. Le prix auquel une entreprise lève reflète une anticipation de croissance, pas une valeur de marché vérifiable comme en Bourse. Cette anticipation peut être déçue : il arrive qu'un tour suivant se fasse à une valorisation inférieure (un down-round). La sélection se durcit d'ailleurs d'un étage à l'autre — le taux de conversion seed → série A en deux ans est passé de 31,8 % pour la cohorte du premier trimestre 2020 à environ 12 % pour la cohorte du premier trimestre 2022 (source : analyse Crunchbase, juin 2024).

Ces points ne dévalorisent pas l'exercice de la levée de fonds : ils rappellent qu'une annonce de financement décrit une ambition financée, pas une réussite acquise.

À retenir

  • Le financement se fait par paliers (pré-seed → seed → séries A, B, C), chacun correspondant à un stade de maturité et à des montants croissants.
  • Le nom du tour situe l'entreprise dans son cycle de vie, du produit à valider (seed) au changement d'échelle (séries B/C).
  • Une levée n'est ni un bénéfice ni une valeur certaine : elle mesure une confiance et un pari sur l'avenir, au prix d'une dilution des fondateurs.

Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.