Le Multıple
← Retour

× Apprentissage · Intermédiaire

La prime d'illiquidité : ce que rapporte de ne pas pouvoir vendre

Publié le 18 juil. 2026Source : France Invest / EY, performance nette fin 2024 · McKinsey, Global Private Markets Report 2026 · Jefferies, revue du marché secondaire 2025

En bourse, une action se revend en quelques secondes. En private equity, l'argent reste bloqué huit à douze ans. Ce renoncement à la disponibilité n'est pas gratuit : il est censé se payer en rendement. C'est la prime d'illiquidité.

Être payé pour patienter

La prime d'illiquidité est le supplément de rendement qu'un investisseur attend en contrepartie de l'impossibilité de récupérer son argent quand il le souhaite. Autrement dit, un actif qu'on ne peut pas vendre librement doit, en principe, rapporter davantage qu'un actif équivalent immédiatement liquide — sans quoi personne n'accepterait de bloquer son capital aussi longtemps.

Le livret et le compte à terme

Le repère le plus parlant tient dans deux produits d'épargne banals. Un livret disponible laisse retirer l'argent à tout instant, mais rémunère peu. Un compte à terme, lui, bloque les fonds pour plusieurs années — et paie un taux plus élevé, précisément en échange de ce renoncement à la disponibilité. La prime d'illiquidité, c'est ce différentiel transposé au non coté : le capital-investissement immobilise l'épargne bien plus longtemps qu'un compte à terme, et cette contrainte forte est censée s'accompagner d'une rémunération à la hauteur.

Sous le capot : d'où vient le surcroît de rendement

La prime se lit dans les écarts de performance de long terme. En France, sur dix ans à fin 2024, le capital-investissement a rapporté 12,4 % nets par an, contre 8,9 % pour le CAC 40 dividendes réinvestis — soit un écart de l'ordre de 3,5 points par an (source : France Invest / EY, performance nette fin 2024). Cette comparaison utilise le Public Market Equivalent, une méthode qui simule un placement en bourse aux mêmes dates que les flux du fonds, pour comparer ce qui est comparable.

Le constat vaut aussi à l'international, avec une nuance de taille : l'écart profite surtout aux meilleurs fonds. Sur dix ans, les fonds de LBO du quartile supérieur ont dégagé environ 24 % de rendement annuel, contre 15 % pour l'indice S&P 500 (source : McKinsey, Global Private Markets Report 2026). Une partie de cet écart tient à la création de valeur dans les entreprises ; une autre est attribuée à la prime d'illiquidité proprement dite — la rémunération du temps de blocage, qui court en général de huit à douze ans pour un fonds fermé.

Cette prime a un revers concret : elle se paie comptant pour qui veut sortir avant terme. Un investisseur pressé peut céder sa part sur le marché secondaire — le marché de la revente de parts de fonds — mais rarement à sa pleine valeur.

Ce que la prime change en pratique

La prime d'illiquidité n'est pas un cadeau : c'est le prix d'un vrai renoncement. Elle récompense la capacité à immobiliser une part de son épargne sans y toucher pendant une décennie, et à traverser sans réagir les creux de la courbe en J. Elle suppose aussi de ne pas avoir besoin de cet argent en cours de route — car c'est précisément au moment où l'on cherche à sortir en urgence que l'illiquidité coûte le plus cher.

Points d'attention avant de compter sur la prime

Quelques mécaniques méritent d'être comprises avant d'intégrer cette prime dans un raisonnement.

Elle est attendue, pas garantie. Les écarts cités sont des moyennes de long terme, et surtout tirées par les meilleurs fonds : la dispersion est large, et un fonds médiocre peut sous-performer un indice coté, illiquidité comprise. Sur la seule année 2025, les fonds de LBO du quartile supérieur n'ont rapporté que 8 %, loin des 18 % du S&P 500 (source : McKinsey, Global Private Markets Report 2026).

Elle se paie cash en cas de sortie anticipée. Sur le marché secondaire, vendre avant terme se fait avec décote. Fin 2025, une part de fonds se cédait en moyenne autour de 87 % de sa valeur nette ; les portefeuilles de rachat récents s'échangeaient près de 92 %, mais les fonds en fin de vie, de plus de dix ans, tombaient autour de 73 % (source : Jefferies, revue du marché secondaire 2025). La décote est la matérialisation directe du coût de l'illiquidité.

Une part de l'écart tient à la mesure. Les valorisations non cotées, révisées seulement périodiquement, lissent les à-coups : le placement paraît moins volatil que la bourse, ce qui flatte certains ratios sans être un vrai surcroît de rendement.

La prime suppose d'aller au bout. Elle ne se capte qu'en tenant jusqu'aux distributions finales ; sortir en cours de route, c'est y renoncer, voire payer pour partir.

À retenir

  • La prime d'illiquidité est le rendement supplémentaire attendu pour compenser plusieurs années de blocage du capital.
  • En France, le private equity a rendu 12,4 % nets par an sur dix ans contre 8,9 % pour le CAC 40 ; à l'international, l'écart profite surtout au quartile supérieur des fonds.
  • Cette prime se paie comptant en cas de sortie anticipée : sur le marché secondaire, une part se vend avec décote, d'autant plus forte que le fonds est vieux.

Sources

Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.