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Le LBO : racheter une entreprise avec l'argent de la banque

Publié le 14 juil. 2026Source : Bain & Company · McKinsey · Invest Europe · France Invest

Une PME rentable change de mains, mais le repreneur ne paie qu'une fraction du prix : le reste vient d'un emprunt que l'entreprise rachetée remboursera sur ses propres bénéfices. Acrobatique en apparence, c'est pourtant la mécanique la plus courante du capital-transmission.

La dette comme point d'appui

Un LBO — de l'anglais leveraged buy-out, littéralement « rachat à effet de levier » — est l'acquisition d'une entreprise financée en grande partie par de la dette. Un fonds crée une société holding, y loge une part d'apport en fonds propres, complète avec des emprunts, et rachète la société cible. Ce sont ensuite les bénéfices de la cible qui remboursent la dette, année après année.

L'appartement acheté à crédit

L'image la plus proche est celle de l'achat immobilier à crédit. Pour acquérir un bien, rares sont ceux qui paient comptant : on met un apport, la banque prête le reste, et les revenus remboursent la mensualité. Le LBO fonctionne pareil, à une différence près : ici, c'est l'entreprise achetée qui joue le rôle du locataire. Ses flux de trésorerie remboursent l'emprunt. Et comme pour l'immobilier, un petit apport permet de contrôler un actif bien plus gros : c'est l'effet de levier. Si la valeur du bien grimpe, le gain rapporté à l'apport est démultiplié.

Sous le capot : qui met quoi

Trois briques composent le financement d'un LBO.

Les fonds propres, apportés par le fonds : la part réellement à risque, souvent un tiers à la moitié du prix aujourd'hui.

La dette senior, prêtée par une ou plusieurs banques, ou par des fonds de dette privée, et remboursée en priorité. Fait marquant, ces prêteurs privés — le direct lending — assurent désormais près de 90 % du financement des rachats sur le segment intermédiaire (source : Bain, Global Private Equity Report 2025).

La dette mezzanine, intermédiaire entre dette et fonds propres, plus chère car remboursée après la dette senior.

Les proportions ont changé. En 2025, la dette ne représente plus qu'environ 36 % de la valeur d'entreprise, contre la moitié dix ans plus tôt, à un coût de l'ordre de 8 % (source : Bain, Global Private Equity Report 2026). Le prix d'achat, lui, reste élevé : en 2025, un rachat s'est payé en moyenne un record de 11,8 fois l'EBITDA — l'excédent brut d'exploitation, soit le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements (source : McKinsey, Global Private Markets Report 2026). Côté volumes, les rachats en Europe ont atteint 87 milliards d'euros en 2024, en hausse de 42 % sur un an (source : Invest Europe, Private Equity Activity 2024) ; en France, le capital-transmission — le segment des LBO — a progressé de 14 % en montants en 2025 (source : France Invest, activité 2025).

Ce que le levier change vraiment

Le levier est un amplificateur : il augmente le rendement potentiel des fonds propres quand tout va bien, mais il fonctionne aussi en sens inverse. La valeur créée dans un LBO vient de trois sources : le remboursement de la dette, qui augmente mécaniquement la part revenant aux actionnaires ; la croissance des bénéfices de l'entreprise ; et la revente à un multiple plus élevé qu'à l'achat.

Or deux de ces trois leviers se sont grippés. Avec une dette plus chère et des prix d'entrée déjà hauts, le financier ne suffit plus : la performance doit venir de l'entreprise elle-même. Bain résume ce basculement d'une formule — « 12 is the new 5 » : là où 5 % de croissance annuelle de l'EBITDA suffisaient dans les années 2010 pour viser un doublement de la mise en cinq ans, il en faut aujourd'hui 10 à 12 % (source : Bain, Global Private Equity Report 2026).

Points d'attention avant de lire un rendement de LBO

Quelques mécaniques méritent d'être comprises avant d'interpréter la performance d'une opération à effet de levier.

Le levier joue dans les deux sens. Une baisse de valeur de l'actif se répercute plus que proportionnellement sur les fonds propres, puisque la dette reste due à son montant nominal. Plus le levier est élevé, plus le résultat est sensible.

La dette impose des contraintes. Les prêteurs assortissent leurs financements de covenants — des ratios financiers à respecter, par exemple un plafond de dette rapportée à l'EBITDA. Les franchir peut contraindre l'entreprise à renégocier en position de faiblesse.

Le remboursement dépend des flux de trésorerie. Une entreprise cyclique ou fragile supporte mal un endettement lourd : en cas de retournement, la charge de la dette pèse la première.

Les taux comptent doublement. Une hausse renchérit la dette et abaisse la valorisation de revente, comme sur toute entreprise non cotée.

À retenir

  • Un LBO rachète une entreprise surtout avec de la dette, remboursée par les bénéfices de la cible ; le fonds n'apporte qu'une part en fonds propres.
  • Le levier amplifie le rendement comme le risque ; la dette pèse désormais ~36 % du prix, contre la moitié il y a dix ans.
  • Prix d'entrée élevés et dette plus chère déplacent la création de valeur vers la croissance réelle de l'entreprise, pas l'ingénierie financière.

Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.