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Le marché secondaire en private equity

Publié le 01 août 2026Source : Bain & Company · Lazard · Jefferies · France Invest

Un investisseur engagé dans un fonds fermé pendant dix ans a besoin de liquidités avant l'échéance. Impossible de revendre en Bourse — mais un marché existe pour ça : le secondaire, en plein essor.

Une part de fonds qui change de mains avant terme

Le marché secondaire, c'est l'endroit où s'échangent des engagements déjà investis dans un fonds de private equity, avant son terme naturel. Deux mécanismes coexistent : la vente d'une part de fonds par un investisseur à un autre (LP-led), ou le transfert d'un ou plusieurs actifs vers un nouveau véhicule contrôlé par le même gérant (GP-led, via un fonds de continuation).

Comme céder un bail avant son terme

Prenez un commerçant qui signe un bail de neuf ans pour un local. Au bout de quatre ans, il doit partir avant l'échéance. Il ne peut pas résilier unilatéralement le contrat — mais il peut céder son bail à un successeur, qui reprend l'engagement pour les cinq années restantes. Le prix de cession dépend de l'attractivité du local : un bon emplacement se cède parfois plus cher que sa valeur théorique, un emplacement plus incertain se négocie en dessous. Le marché secondaire du private equity fonctionne sur le même principe : ce qui se cède, ce n'est pas l'actif lui-même, mais l'engagement à y rester exposé jusqu'à la sortie.

Comment ça marche concrètement

Deux mécanismes cohabitent sur ce marché.

Le LP-led est le plus ancien : un investisseur institutionnel (assureur, caisse de retraite, fonds de fonds) vend sa part dans un ou plusieurs fonds à un autre investisseur, avant l'échéance. Le prix se négocie en pourcentage de la valeur liquidative du portefeuille (NAV) — parfois en dessous (décote), parfois au-dessus (prime), selon la qualité perçue des actifs sous-jacents et le millésime du fonds.

Le GP-led est plus récent et progresse plus vite : le gérant transfère un ou plusieurs actifs d'un fonds arrivant à échéance vers un nouveau véhicule qu'il continue de piloter — un fonds de continuation. Les investisseurs historiques choisissent alors entre encaisser leur part immédiatement ou réinvestir dans le nouveau véhicule aux côtés de nouveaux souscripteurs.

Le marché a atteint un volume record en 2025 : les transactions secondaires (LP-led et GP-led confondues) ont progressé de 41 % sur un an au niveau mondial, et les seuls fonds de continuation de 62 % — une croissance annuelle de 37 % depuis 2022 (source : Bain & Company, Global Private Equity Report 2026). Ces véhicules restent toutefois minoritaires : moins de 10 % de la valeur totale des sorties du private equity dans le monde.

Le prix, précisément, est le point sur lequel il faut être prudent. Sur le segment LP-led, la moyenne s'établit à 94 % de la NAV au premier semestre 2025 (source : Jefferies, H1 2025 Global Secondary Market Review) — donc une décote, pas une prime, en moyenne. Sur les fonds de continuation (GP-led), en revanche, Lazard observe que près des deux tiers des transactions sur un actif unique se sont négociées au-dessus de 95 % de la NAV en 2025, et qu'une minorité de l'ordre de 1 % s'est même échangée au-dessus de 100 %. La prime existe donc réellement, mais elle reste l'exception, concentrée sur les meilleurs actifs des gérants les plus recherchés — pas la norme du marché.

En France, France Invest a publié en avril 2026 la première édition de son étude dédiée au marché secondaire : 12,2 milliards d'euros investis dans 49 transactions en 2025. La répartition y suit la tendance mondiale des opérations pilotées par les gérants : 59 % des montants en GP-led, 41 % en LP-led. France Invest y situe le marché mondial entre 220 et 240 milliards de dollars de volume de transactions — un ordre de grandeur cohérent avec les chiffres Bain & Company cités plus haut (source : France Invest, Marché secondaire en 2025). Illustration de cette dynamique : le gestionnaire français Ardian a levé 30 milliards de dollars en janvier 2025 pour son neuvième fonds secondaire, un record pour ce type de véhicule.

Ce que ça change pour un investisseur non-professionnel

L'existence de ce marché nuance l'idée que le private equity serait totalement bloqué jusqu'à la fin du fonds. Une sortie anticipée reste possible — mais à un prix qui n'est pas garanti à la valeur du portefeuille, et qui dépend de l'offre et de la demande au moment de la vente, pas d'une cotation en continu comme en Bourse.

Le développement des fonds de continuation change aussi la lecture d'une sortie : un gérant qui choisit de garder un actif via ce mécanisme, plutôt que de le céder à un tiers, signale une conviction sur son potentiel de création de valeur restant — un signal à interpréter avec la structure de la transaction, pas isolément.

Enfin, l'accès au marché secondaire lui-même s'élargit progressivement au-delà des investisseurs institutionnels, via des fonds de fonds secondaires proposés sous forme de FPCI ou intégrés à certains contrats d'assurance-vie — une classe d'actifs jusqu'ici réservée aux plus gros tickets.

Points d'attention à connaître

Deux mécaniques méritent d'être comprises avant d'interpréter un chiffre de décote ou de prime sur ce marché.

D'abord, la décote n'est pas systématique, mais elle reste majoritaire. Une part minoritaire des fonds de continuation se négocie effectivement au-dessus de la NAV, mais c'est l'exception qui concerne les actifs les plus recherchés — pas une règle générale du marché secondaire, où la décote reste la norme sur le segment LP-led.

Ensuite, dans un fonds de continuation (GP-led), le même gérant se trouve des deux côtés de la transaction : celui qui décide de céder l'actif, et celui qui continue à le piloter dans le nouveau véhicule. Cette proximité structurelle est la raison pour laquelle la plupart de ces opérations s'accompagnent désormais d'un processus de valorisation indépendant (fairness opinion), destiné à objectiver le prix proposé aux investisseurs historiques.

Ces deux points n'invalident pas l'intérêt du marché secondaire — ils indiquent simplement ce qu'il faut vérifier avant de lire un prix ou une décote annoncée : le type de transaction (LP-led ou GP-led) d'un côté, l'existence d'une valorisation indépendante de l'autre.

À retenir

  • Le marché secondaire permet de sortir d'un engagement private equity avant l'échéance du fonds, via une vente de parts (LP-led) ou un transfert d'actifs vers un nouveau véhicule (GP-led, fonds de continuation).
  • Le prix de sortie dépend de l'offre et de la demande : la décote reste la norme (94 % de la NAV en moyenne côté LP-led), mais une minorité de fonds de continuation se négocie au-dessus de la NAV.
  • Le marché français a atteint 12,2 milliards d'euros investis en 2025 (59 % en GP-led), sur un marché mondial estimé entre 220 et 240 milliards de dollars.

Pour aller plus loin

Termes liés : LP (Limited Partner), GP (General Partner), NAV, fonds de continuation, décote, prime d'illiquidité.

Sources pour approfondir : Bain & Company, Global Private Equity Report 2026 · Lazard, Secondary Market Report 2025 · France Invest, Marché secondaire en 2025.

Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.