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Le private equity infrastructure

Publié le 06 août 2026Source : McKinsey & Company · France Invest · Bird & Bird

On investit dans un fonds de private equity et on découvre que l'argent finance un parc éolien ou une autoroute. Ce n'est pas un fonds de LBO classique : c'est de l'infrastructure, une classe d'actifs à part entière.

Un actif, pas une entreprise à transformer

Le private equity infrastructure consiste à investir, via des fonds fermés, dans des actifs physiques ou des réseaux qui fournissent un service essentiel sur le très long terme — énergie, transport, télécoms, eau — plutôt que dans des entreprises industrielles ou de services comme en LBO classique. L'objectif n'est pas de transformer une entreprise pour la revendre plus cher, mais de détenir et faire fonctionner un actif dont les revenus sont largement écrits à l'avance.

La boulangerie et le pont à péage

Prenez une boulangerie et un pont à péage. La boulangerie doit se réinventer chaque année : concurrence, mode, talent du boulanger déterminent son chiffre d'affaires d'une année sur l'autre. Le pont à péage, lui, a un revenu prévisible sur plusieurs décennies — fixé par contrat ou encadré par un régulateur — et personne ne va construire un second pont juste à côté. C'est cette prévisibilité et cette barrière à l'entrée qui distinguent l'infrastructure du capital-investissement classique : un fonds LBO cherche à transformer une entreprise, un fonds infrastructure cherche surtout à détenir un actif dont le flux de revenus est déjà largement défini.

Comment ça marche concrètement

Un fonds infrastructure investit dans quatre grandes familles d'actifs : l'énergie (parcs éoliens, solaires, réseaux électriques), le transport (autoroutes, aéroports, ports), le numérique (data centers, fibre, tours télécoms) et les infrastructures sociales ou environnementales (eau, déchets, hôpitaux en partenariat public-privé). Le point commun : des barrières à l'entrée élevées — un actif long et coûteux à construire, parfois un monopole local — et des revenus indexés sur l'inflation ou fixés par contrat, souvent sur 15 à 30 ans, un horizon bien plus long qu'un LBO classique (4 à 7 ans).

Le marché mondial confirme cette dynamique. Les besoins cumulés d'investissement en infrastructure atteindraient 106 000 milliards de dollars d'ici 2040 (source : McKinsey, Global Private Markets Report 2026). Les levées de fonds d'infrastructure ont atteint un record d'environ 200 milliards de dollars en 2025, en hausse de près de 60 % par rapport à 2024 et dépassant le précédent record de 180 milliards de dollars établi en 2022.

En France, le marché confirme sa dynamique en 2025 : 14,0 milliards d'euros levés par les fonds d'infrastructure, en légère hausse sur un an, dont 75 % auprès de trois grandes catégories d'investisseurs institutionnels (fonds de fonds, caisses de retraite, assureurs) et 80 % à l'international. Côté investissements, en revanche, l'activité recule : 7,6 milliards d'euros investis dans 190 projets, en repli de 30 % par rapport à 2024, en lien avec un nombre d'opérations de très grande taille en baisse — le nombre de projets accompagnés, lui, reste stable. Les énergies renouvelables confirment leur prédominance sectorielle : 47 % des montants investis et 63 % des projets en 2025 (source : France Invest / Bird & Bird, 6ᵉ Baromètre Infrastructures).

Ce que ça change pour un investisseur non-professionnel

L'infrastructure a un profil de risque différent du LBO classique : moins de volatilité de la valorisation d'une année sur l'autre, des revenus plus prévisibles, mais aussi un potentiel de création de valeur plus limité — l'objectif n'est pas de faire croître une entreprise, mais de faire fonctionner un actif existant de façon fiable sur la durée.

L'horizon d'investissement est aussi plus long qu'un LBO classique : un engagement de 12 à 15 ans, voire davantage pour certains véhicules à capital permanent, n'est pas rare — contre une dizaine d'années pour un fonds de private equity traditionnel. La liquidité y est donc encore plus restreinte que sur le reste du non-coté.

Enfin, la sensibilité aux taux d'intérêt est plus marquée : la valorisation d'un actif dont les revenus sont fixés à long terme dépend directement du taux d'actualisation appliqué, ce qui rapproche mécaniquement l'infrastructure de la logique d'une obligation longue plutôt que d'une action.

Points d'attention à connaître

Deux mécaniques méritent d'être comprises avant d'interpréter la promesse de stabilité de cette classe d'actifs.

D'abord, la dépendance réglementaire est structurelle : une part importante des revenus d'un actif d'infrastructure dépend d'un cadre régulé (tarifs de péage, tarifs de rachat d'électricité) ou d'un contrat public-privé. Un changement de règle — plafonnement tarifaire, renégociation de concession — affecte directement la valeur de l'actif, d'une manière qu'une entreprise industrielle classique ne connaît pas.

Ensuite, la longue durée joue dans les deux sens. Elle protège contre la volatilité de court terme, mais elle expose aussi davantage aux variations de taux d'intérêt sur toute la durée de détention — un actif dont les revenus sont fixés pour vingt ans perd mécaniquement de la valeur si les taux montent durablement, au même titre qu'une obligation longue.

La régulation et la longue durée ne sont pas des failles de l'infrastructure — elles en sont le cœur : c'est précisément parce qu'un péage est encadré sur vingt ans que son revenu est prévisible. Le bon réflexe n'est donc pas de s'en méfier par principe, mais de vérifier, actif par actif, la solidité du cadre qui porte cette prévisibilité.

À retenir

  • Le private equity infrastructure investit dans des actifs physiques à barrières d'entrée élevées (énergie, transport, numérique, eau) plutôt que dans des entreprises à transformer.
  • L'horizon est plus long (12 à 15 ans, parfois plus) et les revenus plus prévisibles qu'en LBO classique, mais la création de valeur et la liquidité sont aussi plus limitées.
  • Le marché mondial a levé un record d'environ 200 milliards de dollars en 2025 ; la France a investi 7,6 milliards d'euros dans le secteur la même année, un repli lié à moins d'opérations de très grande taille.

Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.