× Macro & Marchés
Private equity : les transactions technologiques chutent de moitié au premier semestre 2026, la santé et l'infrastructure prennent le relais
Le private equity mondial n'a pas ralenti au premier semestre 2026 : il a changé de cible. La valeur des transactions technologiques a chuté de moitié sur un an, quand tous les autres secteurs progressent — un basculement qui redessine les priorités des fonds.
Le chiffre en contexte
Au premier semestre 2026, le nombre d'opérations de capital-investissement dans le monde recule de 10 % sur un an, mais la valeur totale des transactions reste quasiment stable, selon le dernier Private Equity Pulse d'EY, publié le 28 juillet 2026. Cette stabilité apparente cache un basculement net entre secteurs : la valeur des transactions technologiques chute de 50 % sur un an, quand celle de tous les autres secteurs réunis progresse de 9 % sur la même période. Les fonds ne se retirent donc pas du marché, ils déplacent leur capital : les comités d'investissement appliquent un filtre plus strict aux dossiers technologiques, là où l'intelligence artificielle rebat les hypothèses de croissance et de pérennité du modèle économique de la cible.
Le ralentissement gagne les États-Unis et, plus récemment, la France
Le repli est particulièrement marqué aux États-Unis, épicentre des grandes opérations de retrait de la cote (le rachat, par un fonds, d'une société jusque-là cotée en bourse, qui en sort ensuite) dans le secteur du logiciel ces dernières années : la valeur des transactions y recule de 25 % sur un an, contre 13 % en nombre d'opérations. Le dernier Pulse of Private Equity de KPMG décrit un mouvement voisin à l'échelle mondiale, sous un angle légèrement différent : plutôt qu'un effondrement sectoriel, une concentration des moyens sur un nombre plus restreint d'opérations de grande taille, en priorité dans les infrastructures liées à l'intelligence artificielle et dans l'énergie.
Rien de comparable n'apparaît, pour l'instant, dans les derniers chiffres français au format France Invest. Selon la dernière étude d'activité de France Invest, réalisée avec Grant Thornton sur l'année civile 2025 (36,4 milliards d'euros investis dans 2 904 entreprises et projets), l'industrie, le numérique, la consommation et la santé restent les quatre premiers secteurs d'investissement, sans décrochage spécifique au numérique. Le même rapport pointe une autre forme de sélectivité, distincte de celle observée par EY : une concentration croissante des levées et des investissements sur un nombre restreint d'acteurs. Nicolas Tixier, responsable du conseil transactionnel chez Grant Thornton, résume : « on observe cependant une polarisation en matière de levée et de déploiement ». Une lecture plus récente et de méthodologie différente va dans le même sens : KPMG chiffre les investissements en France à 31,1 milliards de dollars sur 508 opérations au premier semestre 2026, contre 91,8 milliards sur 1 170 opérations pour toute l'année 2025 — un rythme sensiblement réduit, même si la comparaison directe entre les deux sources (devises, échantillons et méthodes de collecte différents) reste à prendre avec prudence.
La composition sectorielle, un facteur à regarder de plus près
Pour un particulier exposé au capital-investissement via un fonds evergreen ou un contrat d'assurance-vie, ce basculement a une conséquence concrète : la composition sectorielle du portefeuille du fonds pèse désormais plus qu'avant sur sa performance à court terme. Un véhicule ayant acheté, avant 2023, des sociétés de logiciels dont le modèle économique est aujourd'hui questionné par l'intelligence artificielle peut voir la valorisation de ces participations sous pression. À l'inverse, une exposition à la santé ou aux infrastructures numériques (data centers, réseaux électriques) profite d'une demande jugée plus prévisible par les fonds eux-mêmes. Le reporting sectoriel que chaque fonds publie à ses souscripteurs permet de vérifier, concrètement, où se situe son propre portefeuille dans ce basculement.
À retenir
- La valeur des transactions technologiques mondiales chute de 50 % sur un an (EY), tandis que KPMG documente une concentration mondiale sur moins d'opérations, plus grandes, orientées IA et énergie.
- En France, France Invest ne signale pas encore de décrochage sectoriel du numérique sur 2025, mais des données KPMG plus récentes (H1 2026) suggèrent un ralentissement.
- L'écart entre technologie et autres secteurs tient à la manière dont l'intelligence artificielle rebat les hypothèses de valorisation du logiciel, pas à un retrait général des fonds du marché.
Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.