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Quand le fonds arrive au bout : prolongation, liquidation, décote

Publié le 06 oct. 2026Source : AMF, rapport du groupe de travail sur la fin de vie des fonds de capital investissement (juillet 2022) ; AMF, étude sur la performance des fonds non cotés retail (janvier 2025) ; AMF, modification du règlement général et de la doctrine (janvier 2025) ; AMF, guide sur les fonds de capital investissement ; MSCI, Night of the Living Fund (2025) et How Accurate Are 'Zombie' Valuations? (2022) ; Jefferies, Global Secondary Market Review (juillet 2026)

Un fonds de private equity annonce une date de fin, mais l'échéance est souvent repoussée. Prorogations, dissolution, liquidation, dernières lignes cédées avec décote : ce qui se passe quand l'horloge d'un fonds fermé arrive au bout.

Huit ans annoncés, douze ans vécus

Prenons un épargnant qui souscrit des parts d'un FCPI, un fonds investi dans des PME innovantes non cotées. Le règlement annonce une durée de vie de huit ans, prorogeable deux fois un an. À huit ans, puis à neuf, un courrier annonce la prorogation. À dix ans, l'échéance maximale est atteinte, mais trois participations restent à vendre. La liquidation se prolonge et la dernière distribution n'arrive qu'à la douzième année. Les deux prorogations étaient prévues par le règlement ; les deux dernières années, non. Le cas n'a rien d'isolé.

Fin de vie : de quoi parle-t-on

Un fonds fermé de private equity a une durée de vie fixée dans son règlement, au terme de laquelle il doit avoir cédé ses participations et rendu l'argent. La fin de vie désigne la séquence qui y mène : prorogations éventuelles (les prolongations prévues au règlement), dissolution, puis liquidation, avec pour les lignes les plus difficiles à vendre une décote fréquente par rapport à leur dernière valorisation.

Le vide-grenier à l'heure du remballage

Fin d'après-midi dans un vide-grenier. Les belles pièces sont parties le matin, au prix affiché ; il reste une commode lourde, un carton de bibelots et un vélo sans selle. L'organisateur ferme à 18 heures. Trois options : négocier une heure de plus pour attendre un dernier acheteur, baisser les prix pour tout écouler, ou confier le carton à une association en demandant d'être prévenu s'il trouve preneur. La fin de vie d'un fonds suit la même logique : ce qui reste à l'échéance est le plus souvent ce qui a eu le plus de mal à trouver un acquéreur.

Préliquidation, dissolution, liquidation : l'ordre des étapes

En France, les fonds de capital-investissement ouverts aux particuliers (FCPR, FCPI, FIP) suivent une séquence encadrée par l'AMF. La préliquidation, facultative, peut s'ouvrir en règle générale à partir du sixième exercice : le fonds, fermé aux nouveaux souscripteurs, n'est plus tenu à son quota d'investissement en non coté, et la société de gestion commence à céder et à distribuer. Vient ensuite la dissolution, décision de mettre fin au fonds, soumise à l'agrément préalable de l'AMF. Enfin la liquidation : vente des dernières lignes et remboursement des porteurs, sous le regard du commissaire aux comptes, qui rend un rapport sur ces opérations, et du dépositaire, qui reste en fonction jusqu'à leur clôture (AMF, rapport du groupe de travail sur la fin de vie des fonds).

Les dépassements sont fréquents : au 31 décembre 2021, 239 des 562 fonds de ce type en activité avaient dépassé leur durée de vie, de 36 mois en moyenne, selon ce même rapport. Sur les 305 FIP et 324 FCPI entièrement liquidés recensés par l'AMF, la durée de vie médiane atteint 10,2 ans (AMF, étude de janvier 2025). La loi Attractivité du 13 juin 2024 a porté de dix à quinze ans le délai maximal pendant lequel un fonds agréé peut bloquer les demandes de rachat. Depuis début 2025, les sociétés de gestion adressent à l'AMF un compte rendu semestriel sur l'état de liquidation de chaque fonds dissous, et distribuent au moins une fois par an pendant la liquidation, sous conditions (AMF, janvier 2025).

Pour les participations sans acquéreur, la doctrine de l'AMF liste désormais plusieurs issues : transfert vers un fonds de continuation, vers un fonds successeur de la même société de gestion, maintien du fonds en vie, ou transfert à une structure de défaisance.

À l'échelle mondiale, sur données à fin 2024, MSCI situe l'âge moyen de liquidation vers douze ans pour un fonds de LBO et quinze ans pour un fonds de venture capital. Un an avant ce seuil, la valeur résiduelle médiane représentait encore près de 25 % des montants engagés pour le LBO et près de 30 % pour le venture, en hausse depuis 2021 faute de distributions.

Lire la date de fin comme un horizon, pas comme un rendez-vous

La durée de vie affichée indique quand la société de gestion prévoit d'avoir tout cédé, pas quand l'argent sera revenu. D'abord, l'horizon réel s'obtient en ajoutant à la durée de vie les prorogations prévues au règlement, puis le temps de la liquidation elle-même. Ensuite, le remboursement se fait par distributions successives, au rythme des cessions, souvent dès la préliquidation : un fonds proche de son terme peut avoir déjà rendu l'essentiel de la mise, ou très peu, ce que mesure le DPI (distributions cumulées rapportées aux sommes versées). Enfin, pour les FCPI et FIP souscrits avec réduction d'impôt, la condition de conservation de cinq ans n'a aucun lien avec la date de remboursement : les parts restent bloquées jusqu'à la fin de vie du fonds, même au-delà de ce délai (AMF, guide sur les fonds de capital investissement).

Points d'attention avant de compter sur la dernière valeur liquidative

Une valeur liquidative de fin de vie mesure surtout ce qui n'a pas encore trouvé preneur. L'AMF le rappelle : la valorisation des titres non cotés peut ne pas refléter le prix obtenu lors d'une cession ultérieure. Son étude de janvier 2025 observe d'ailleurs que le rendement des FIP et des FCPI s'infléchit à l'approche de la liquidation, un retournement qui pourrait s'expliquer en partie par les difficultés de cession.

Sur le marché secondaire, au premier semestre 2026, les parts de fonds de moins de cinq ans se sont échangées avec des décotes à un chiffre, celles de fonds de plus de dix ans avec des décotes de plus de 25 % ; les fonds européens, toutes générations confondues, à 86 % de leur valeur liquidative en moyenne (Jefferies, juillet 2026). Cette décote ne mesure pas une erreur de valorisation : elle intègre aussi le rendement exigé par l'acheteur et le temps restant avant les sorties. Sur plus de 1 600 fonds de plus de dix ans quasi liquidés, MSCI constatait fin 2022 que les actifs restants s'étaient vendus en moyenne au niveau de leur valorisation, mais qu'environ 30 % des fonds déjà sous-performants avaient subi sur cette dernière phase un TRI inférieur à -10 % (MSCI, 2022).

Le calendrier pèse aussi sur la négociation. Le groupe de travail de l'AMF relevait qu'un respect strict de l'échéance pouvait conduire à céder les dernières lignes à des prix fortement décotés, conforme à la lettre du règlement mais pas toujours à l'intérêt patrimonial des porteurs.

Pour les lignes à faible valeur probable, comme les sociétés en procédure collective, le transfert à une structure de défaisance décrit par l'AMF peut se faire pour un euro symbolique, assorti d'une clause de retour à meilleure fortune : la ligne sort de la valeur liquidative sans que sa valeur finale soit connue.

Reste la question des frais : le règlement doit décrire la politique retenue en fin de vie, et la doctrine de l'AMF recommande de les réduire fortement une fois la liquidation engagée.

La date inscrite au règlement dit quand le remballage commence ; le prix du dernier carton, lui, se découvre à la fermeture.

À retenir

  • La date annoncée peut être repoussée par les prorogations prévues au règlement, puis dépassée : fin 2021, 239 des 562 fonds français ouverts aux particuliers avaient dépassé leur durée de vie.
  • La fin de vie suit trois étapes (préliquidation facultative, dissolution agréée par l'AMF, liquidation), et l'argent revient par distributions successives, pas en un seul versement.
  • La dernière valeur liquidative reste une estimation : au premier semestre 2026, les parts de fonds de plus de dix ans se sont échangées sur le marché secondaire avec plus de 25 % de décote, un prix qui intègre aussi le rendement exigé par l'acheteur.

Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.