× Macro & Marchés
Crédit aux entreprises : en France, les banques durcissent leurs critères au plus fort depuis 2023
Les banques de la zone euro ont de nouveau resserré l'accès au crédit des entreprises au troisième trimestre, selon l'enquête publiée le 27 octobre par la BCE. En France, le durcissement est le plus marqué depuis le premier semestre 2023.
159 banques interrogées, un resserrement plus fort que prévu
La Banque centrale européenne a publié le 27 octobre son enquête trimestrielle sur la distribution du crédit bancaire (bank lending survey). Elle a été menée du 21 septembre au 6 octobre 2026 auprès de 159 banques de la zone euro. L'indicateur central est un solde net : la part des banques qui déclarent durcir leurs critères d'octroi (les conditions qu'un emprunteur doit remplir pour obtenir un prêt), moins celle des banques qui les assouplissent.
Pour les prêts aux entreprises, ce solde atteint 9 % au troisième trimestre, après 7 % au deuxième, alors que les banques n'anticipaient que 5 %. La BCE cite comme principaux moteurs une perception du risque plus élevée et une moindre tolérance au risque des banques. Les conditions effectivement appliquées aux prêts se sont aussi resserrées, principalement sous l'effet de taux d'intérêt plus élevés. Pour les entreprises, ce durcissement tient aussi à des marges élargies sur les prêts les plus risqués. Les marges sur les prêts moyens se sont en revanche réduites dans tous les segments, ce qui reflète selon la BCE la hausse des taux de marché de référence. La part des demandes de prêt rejetées a progressé en net pour toutes les catégories d'emprunteurs (solde de 5 % pour les entreprises).
La demande recule également : le solde net de la demande de crédit des entreprises s'établit à -6 %, alors que les banques attendaient une hausse de 4 %. Selon la BCE, cette demande a d'abord été freinée par le niveau général des taux d'intérêt. La baisse de l'investissement des PME et le recours à d'autres sources de financement ont aussi légèrement pesé. Les besoins liés au refinancement et à la restructuration de dettes ont au contraire légèrement soutenu la demande.
La France en tête du durcissement parmi les grands pays
Les résultats des quatre plus grands pays de la zone euro font ressortir un net écart. En France, le solde net de durcissement des critères pour les entreprises atteint 27 % au troisième trimestre, après 18 % au deuxième. C'est selon la BCE le resserrement le plus marqué depuis le premier semestre 2023. La demande des entreprises françaises affiche un solde de -18 %. Le durcissement est plus modéré en Allemagne (6 %) et nul en Espagne (0 %), tandis que les banques italiennes ont assoupli leurs critères (-11 %).
Pour le quatrième trimestre, les banques de la zone euro anticipent un nouveau durcissement net (7 %) et une demande des entreprises globalement stable (-1 %).
Deux jours plus tard, la BCE maintient ses taux
Le 29 octobre, la BCE a laissé ses trois taux directeurs inchangés : 2,50 % pour la facilité de dépôt, 2,65 % pour les opérations principales de refinancement et 2,90 % pour la facilité de prêt marginal. Elle les avait relevés en juin puis en septembre. Dans sa déclaration de politique monétaire, l'institution constate que les conditions financières se sont durcies depuis sa réunion précédente. Le coût de la dette de marché des entreprises est monté à 4,1 % en août, tandis que le taux des prêts bancaires aux entreprises est resté à 3,8 %. L'inflation a atteint 3,8 % en septembre, contre 3,2 % en août, sous l'effet notamment des prix de l'énergie, dont la hausse atteint 18,9 %.
Le même jour, la BCE a annoncé que Christine Lagarde quittera la présidence le 7 février 2027, son successeur devant être nommé par le Conseil européen.
Ce que l'enquête dit, et ne dit pas, du financement des LBO
Dans un LBO, le rachat d'une entreprise est financé en partie par de la dette. L'enquête ne permet toutefois pas de mesurer l'effet de ce durcissement sur ces opérations. Elle ne mesure pas les financements d'acquisition à part : elle porte sur l'ensemble des prêts et lignes de crédit aux entreprises. Elle interroge uniquement des banques et ne couvre donc pas les fonds de dette privée, qui prêtent hors du circuit bancaire.
Les résultats complets de cette enquête trimestrielle, y compris le tableau par pays, sont consultables sur le site de la BCE.
À retenir
- En France, le solde net de durcissement des critères de crédit aux entreprises atteint 27 % au troisième trimestre, son plus haut depuis le premier semestre 2023.
- La BCE maintient sa facilité de dépôt à 2,50 % et constate un durcissement des conditions financières.
- L'enquête couvre les prêts bancaires, pas les fonds de dette privée.
× À lire ensuite
Ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations publiées sont fournies à titre purement informatif et pédagogique.